Christian Chesnot de Amman à Paris

décembre 20, 2007

Christian Chesnot, ex-otage

Christian Chesnot, l’ex-otage star, délivre le récit surprenant d’un enlèvement comme tournant d’une vie: l’ « avant » à Amman et l’ « après » à Paris.

Une fois diplômé du CFJ et de Science-Po, Christian Chesnot part en coopération au Caire et travaille au « Progrès Egyptien ». Son destin de spécialiste du Moyen et Proche-Orient semble déjà tracé. Dès 1999, il devient « correspondant freelance » à Amman, en Jordanie. Son choix d’exercer là-bas est réfléchi : certes, il a hésité avec Beyrouth mais cette ville « était la meilleure solution du point de vue géographique ». Non seulement elle se situe à un carrefour du monde arabe mais elle est également au centre de toute l’actualité (Intifada palestinienne, venue du Pape en terre sainte, etc.). « L’idée que j’avais au départ pour aborder cette région, c’était d’avoir un poste d’observation sur toute la zone » explique-t-il. A part un bureau de l’AFP, aucun journaliste n’ était encore sur place et selon lui, « il vaut mieux aller sur des terres un peu vierges où on peut faire son trou ». C’était donc le meilleur moyen de travailler librement : « j’étais un pigiste heureux ». Ce statut lui a conféré plus d’indépendance : le choix des reportages était entièrement autonome et « paradoxalement, le pigiste est mieux armé pour résister aux pressions ». Payé au nombre d’articles, l’actualité bouillonnante et le bas coût de la vie lui ont permis de s’en sortir. « C’est vrai que je suis parti de zéro », confie t-il mais avec sa carte de presse locale et Internet qui « facilite beaucoup les choses », il n’a eu besoin que d’un court temps d’adaptation : « je suis arrivé en septembre et en janvier c’était lancé » . Très demandé, il a « beaucoup voyagé dans cette région » . « Ces cinq années, entre 1999 et 2004, ont été très riches sur tous les plans » résume-t-il.

En 2004, Christian Chesnot est enlevé avec son confrère et ami Georges Malbrunot. Pendant 4 mois, il est passé « du statut d’homme libre à celui d’otage » et cette épreuve l’a profondément changé.

«Il y a un avant et un après » raconte-t-il, et son « après » a été « une autre vision sur la profession et l’existence ». Son projet de revenir en France a soudainement été accéléré : « avant cette prise d’otage, j’avais l’intention de revenir […], de trouver un poste fixe ». Lorsque France Inter lui a proposé un CDI, il n’a tout simplement pas pu refuser : « ça n’aurait pas été correcte. C’est ma maison, on m’a soutenu, je ne pouvais pas dire non ». S’il continue dans la profession, c’est que son amour du journalisme semble intact : « on a un rôle, on est au service de la démocratie ». La télévision ne l’intéresse pas, il la trouve « réductrice », « la presse écrite a un grand avantage (car) sans format long, vous ne comprenez rien » assure-t-il . Désormais, il « couvre depuis Paris en passant des coups de fil. Ce n’est pas l’idéal mais ces histoires d’otage ont été un choc pour la profession ». Presque aucun journaliste ne se rend d’ailleurs encore en Irak : « a Bagdad, c’est trop dangereux ». Quant à ce courageux inavoué (« je ne suis pas une tête brûlée » dit-il), il confie avec audace prévoir ne « jamais y remettre les pieds… même s’il ne faut jamais dire jamais ».

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