Me Del Rio, défenseur des médias
décembre 14, 2007
La séance de questions réponses sur le droit de la presse était animée ce vendredi au Collège International de Cannes. Des propositions constructives ont émergé du débat entre l’avocat et de futurs journalistes.
L’allure travaillée et l’air plutôt froid, Maître Del Rio regarde les journalistes par-dessus ses lunettes métallisées. A la première question : « vous êtes avocat dans le droit de la presse, pourquoi avoir choisi une telle spécialité? », il apporte sa correction, « vous vouliez dire pourquoi cette spécialité m’a choisie ? ». Il pose ses lunettes et l’ambiance se décontracte. Son père était avocat et spécialisé dans les médias. Après sa maîtrise en droit, Denis Del Rio choisit sa voie : « tout avocat est mégalo. Quand il a la chance d’avoir une lucarne, cathodique ou pas, il s’y engouffre. Ca fait du bien d’aider les médias, surtout quand c’est rétribué » souligne-t-il cyniquement.
Sa froideur apparente se révèle fausse, Me Del Rio voue une vraie admiration aux journalistes. Pour lui, la presse est la clé de voûte de la liberté d’expression. La conséquence en est que « même les journalistes qui font bien leur travail se font critiquer, c’est ça la démocratie ». L’avocat avoue : « j’aime défendre ce qu’on appelle diffamation mais que j’appelle opinion. » Selon lui, le rôle des journalistes est de porter, recevoir et critiquer l’information : « je suis contre cette médiatisation permanente lisse et profonde » assume-t-il. Par exemple, celui qui diffuse les images de Nicolas Sarkozy appelant Yvan Colonna « l’assassin », sans critiquer le propos, est coupable car il ne respecte pas la présomption d’innocence. Denis Del Rio reproche aux journalistes leur complaisance « ce que j’aimerai revoir, c’est la presse d’opinion » confie-t-il. Le risque, c’est que « toute liberté d’expression fait l’objet d’une libre critique… judiciaire si on considère qu’il y a eu un abus. »
Pour les protéger, il joue avec les lois
Denis Del Rio reprend ses explications : les journalistes exercent « une profession à risques » étant donné qu’ils sont justiciables. Pour les protéger, il raconte avec humour comment il joue avec les lois. Me Del Rio travaille pour Nice Matin, « c’est courant que la police vienne perquisitionner la rédaction et exige des photos ». Bien que la protection des sources existe, rien ne dispense les journalistes de transmettre leurs clichés car ceux-ci ne sont pas considérés comme telles. Me Del Rio conseille ainsi de jeter tout document compromettant, sauf dans les cas de secret défense. Pour éviter un recel d’informations, il recommande de l’expliquer mais certainement pas de publier le document original, « celui là, il faut le sortir lors du procès. C’est débile mais c’est comme ça ! »
Ce qu’il faudrait selon lui, c’est l’instauration d’un véritable statut de journaliste. Très sérieusement, il explique qu’il ne s’agirait pas d’un énième amendement : « nous sommes des texto-maniacs, on ne sait que légiférer et nos textes sont incompréhensibles ». Me Del Rio souhaite une véritable réforme avec les droits et les devoirs des médias. Il pense à une loi fondatrice intégrant statut social et fiscal pour que les journalistes ne soient pas reconnus comme des justiciables communs. Sensible aux débats actuels, il voudrait aussi changer le fait « que des entreprises de presse soient détenues par des marchands d’armes », ce qui le choque profondément. Il faut « un vrai chantier où le politique mouille sa chemise ».
L’intervention se conclue sur des solutions d’avenir qui enthousiasment les futurs journalistes. Denis Del Rio, remet ses lunettes d’avocat hautain, attrape ses dossiers et s’en va sans dire au revoir.
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