Roland Cayrol dénonce les conflits d’intérêt dans la presse française
décembre 11, 2007
Le directeur de l’institut de sondage CSA-Opinion, s’inquiète de la présence d’actionnaires industriels dans les médias français et appelle à une réflexion et à une nouvelle législation.
Les Français se méfient des journalistes. Tel est le constat dressé par Roland Cayrol lors du colloque « Virtuels et médias, le journalisme en sursis ? » tenu à Cannes du 23 au 25 novembre. En cause, la cohabitation, sous l’égide d’un même groupe, de secteurs industriels sensibles et d’une activité journalistique.
« Nous sommes le seul pays au monde où les groupes de presse sont dirigés par des industriels ou des financiers qui ont également des intérêts dans d’autres domaines (armement, industrie du luxe, eau…). Les grands groupes dont je viens de parler sont des groupes qui ont une activité principale et qui de surcroît ont des instruments de communication… sans doute pour servir aussi leur stratégie et leur politique. »
Alors que Dassault jongle entre Le Figaro et l’aéronautique, Bouygues papillonne de TF1 à la construction, en passant par la téléphonie mobile. Le Monde, dont deux représentants sont invités aux Rencontres de Cannes, a lui-même comme actionnaire important le groupe Lagardère dont les contrats avec l’Etat dans de nombreux domaines sont de notoriété publique. Forcément, la définition du journaliste, « celui qui rapporte les faits au bénéfice de la vérité » en prend un coup. C’est ce que les Américains appellent le conflit d’intérêt : le journaliste du Monde qui traite de l’aéronautique ou de la presse magazine, secteurs d’activités du groupe Lagardère, sait qu’il risque de mettre en cause son employeur.
Hervé Gattegno, rédacteur en chef du Point, confirme que la présence d’un actionnaire principal privé, François Pinault en l’occurrence, réduit la liberté d’expression. « La vraie question qui se pose aux salariés du Point comme à l’ensemble des journalistes, c’est de savoir s’ils pourraient eux-mêmes révéler des informations mettant en cause leur actionnaire. Pas de langue de bois, il est probable que non ! L’actionnaire propriétaire d’un journal ne considère pas forcément que celui-ci a pour vocation de mettre à jour des informations compromettantes. Ce qui est nécessaire, c’est la transparence entre le média et ses lecteurs. Chaque fois que nous parlons de François Pinault ou de son groupe dans nos colonnes, nous signalons qu’il est le propriétaire du Point. Je pense que ce contrat de confiance existe avec les lecteurs. Il est probable que les lecteurs du Point n’attendent pas spécialement de leur journal qu’il fasse des enquêtes sur son propre actionnaire. »
Pour Roland Cayrol, il n’est pas anodin que la France se retrouve à la 31ème place dans le classement de Reporters Sans Frontière qui évalue la liberté d’expression dans le monde. Selon lui, il faut remédier à cet état de fait par une concertation des professionnels et, sans doute, par des mesures législatives : « Certes, il faut changer la loi, mais surtout, les journalistes doivent réfléchir à de nouvelles normes d’exercice professionnel, et établir de nouvelles normes éthiques et déontologiques. Dans beaucoup de journaux, il y a déjà des sociétés de journalistes qui s’efforcent de défendre l’indépendance rédactionnelle face à ces tentatives de pression des groupes. Je crois qu’il faut continuer dans ce sens. »
Avec Jakub Iwaniuk
Dans un souci de transparence, le lecteur des lignes doit savoir que le présent article a été rédigé afin d’être publié sur le site Internet de Marianne
Entry Filed under: Média. Mots-clefs: Cayrol, industriels, presse.
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1. MédiaPart, notre sauveur « Le P’tit Lu | décembre 12, 2007 at 11:17
[...] intérêts privés (et dont la préoccupation première n’est certainement pas l’information, Roland Cayrol en conviendra). Leur indépendance est remise en question et flirte parfois avec la [...]